Edition électronique du Monde, 31/12/2008.
(Ouf, ça nous rassure. L’autre)
Edition électronique du Monde, 31/12/2008.
(Ouf, ça nous rassure. L’autre)
Figaro Magazine – 10 novembre 2008
« Le but de l’opération est de faire tomber le régime du Hamas. Nous cesserons le feu immédiatement si quiconque prend la responsabilité de ce gouvernement [à Gaza], sauf le Hamas, Le Hamas n’est pas une superpuissance. Nous n’avons pas affaire à la Russie ni aux États-Unis. Nous avons affaire à une organisation terroriste qui a pris le contrôle par la force lors d’un putsch militaire [en juin 2007], à l’encontre de toutes les lois internationales » a déclaré lundi 29 décembre le vice-premier ministre israélien, Haïm Ramon, sur la chaîne privée israélienne 10, au troisième jour du bombardement de la bande de Gaza.
En lisant ces quelques lignes, j’ai presque eu envie de rire, jaune.
Quelle impudence ! Quelle perte du sens commun ! Rappelons juste que le Hamas a été librement élu le 25 janvier 2006 (cf. OSCE). Il faut le reconnaître malgré tout, je donnerais raison à cet homme sur un point : « Le Hamas n’est pas une superpuissance ». Ce qui explique probablement les méthodes barbares employées contre Gaza : un faible n’est fort qu’envers plus faible que lui.
Mais il fallait vraiment le lire pour le croire : Israël prétend faire respecter les lois internationales ! Le pays qui s’assoit sur toutes les conventions internationales, sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, sur les arrêts de la Cour internationale de justice, qui méprise même les arrêts de sa propre Cour suprême !
Oubliées les résolutions du conseil de sécurité, la 242, la 338 et toutes les suivantes ? Notamment celle qui oblige à la création de DEUX États en Palestine : l’un Israël, l’autre la Palestine.
Oubliée la quatrième Convention de Genève ? Qui oblige la puissance occupante à prendre soin des populations occupées, car comment décrire autrement la bande de Gaza (c’est toujours Israël et l’Égypte qui gèrent les frontières de Gaza ainsi que son espace aérien et maritime) ; qui proscrit les punitions collectives car, qu’est le blocus de Gaza, à part une punition collective infligée aux Gaziotes dès le lendemain du vote portant le Hamas au pouvoir ; qui interdit de viser des cibles civiles comme sait si bien le faire Israël, que ce soit au Liban (ponts, routes, radio-TV, ambulances) ou à Gaza (école de police _pour la Convention de Genève un policier est un civil_, édifices religieux, etc.).
Oubliés les arrêts de la CIJ sur le mur ? Ceux qui jugent contraire au droit international la construction de ce mur, la destruction des maisons des « terroristes »…
Oubliés les arrêts de la Cour suprême israélienne sur ce même mur ? Ceux qui exigent des modifications sur son tracé.
Je sais, je sais, « oui mais, m’sieur, c’est tous que des terroristes !», passons sur la vacuité de ce mot car, souvent, terroriste pour l’un est résistant pour l’autre.
Bref, nous prend-t-il pour des idiots ou c’est juste de la très mauvaise com ?
Accessoirement, je me permettrais de rappeler à Israël qu’il existe un truc pour essayer de résoudre les conflits, ça s’appelle l’ONU.
Ehoud Olmert, 27/12/2008
En feuilletant différents journaux français et anglo-saxons, en lisant les réactions des uns et des autres, en écoutant divers journaux radio au sujet de l’attaque israélienne sur Gaza depuis le 27/12/2008, l’impression que deux adversaires de force inégale se font face domine. Il semblerait en effet que les Palestiniens soient supérieurs à l’armée israélienne, puisque les pays occidentaux et l’ONU (à l’exception notable de la Russie)1 appellent d’abord à l’arrêt immédiat des tirs de roquettes du Hamas, puis à la « retenue » du côté israélien.
Pourtant, la réalité est, me semble-t-il, tout autre.
D’un côté, une bande de terre, Gaza, de 45 km de long sur 10 km de large (soit environ 360 km2), peuplée de 1,5 millions de personnes ; un gouvernement légitimement élu en 2006 (dont plus de la moitié est à présent emprisonnée en Israël) ; un mouvement qui a lancé 283 roquettes depuis le 19 décembre 2008 faisant un mort et quatre blessés à cette heure. Une bande de terre placée sous blocus depuis le 26 janvier 2006. Ce territoire est l’un des plus densément peuplé au monde avec 80% de la population vivant de l’aide alimentaire internationale (revenu moyen : $1100/an en 2006).
De l’autre, un État, Israël, de 20 770 km2, comptant 7 millions d’habitants avec un revenu moyen de $26 600/an en 2007 ; une armée ultra moderne et extrêmement puissante ; un pays qui est le premier récipiendaire de l’aide militaire américaine. Une armée qui, en 24 heures, a tué plus de 286 personnes et fait plus de 700 blessés. Une armée qui appelle plus de 6 500 réservistes et masse des chars à la frontière avec Gaza. Une armée qui considère un édifice religieux comme un objectif légitime (mosquée Al-Shifa). Une armée dont le premier raid aérien a mobilisé plus de 80 chasseurs-bombardiers, hélicoptères de combat et drones.
Dans cet affrontement entre le fort et le faible, il est remarquable que le faible soit accusé de tous les maux et doive cesser toute action de défense, alors que le fort est seulement appelé à un peu de « retenue ». Il serait tout à l’honneur du fort de faire preuve de mansuétude, d’accepter, enfin, le résultat du vote du 25 janvier 2006, de lever ainsi le blocus de Gaza et de reconnaître qu’on ne peut faire la paix qu’avec ses ennemis. Il serait par ailleurs tout à l’honneur du Quartet d’exiger la même chose des Palestiniens et des Israéliens _reconnaissance des États, renoncement à la violence, respect des accords conclus et des résolutions de l’ONU.
Je laisserai le mot de la fin au journaliste palestinien Sami Abdel-Shafi (correspondant du journal The Independent à Gaza, à propos de cette dernière offensive) : We will be trapped in the first class of hell.
Quelques citations :
“C’est une diète. Les Palestiniens vont perdre un peu de poids mais ils ne vont pas mourir.” Dov Weissglass, conseiller d’Ehoud Olmert au sujet du blocus de Gaza depuis le 25 janvier 2006 (16/02/2006)
“For us to be asked to have a ceasefire with Hamas is like asking you to have a ceasefire with al-Qa’ida. It’s something that we cannot really accept.” Ehoud Olmert sur Fox News, 28/12/2008
« Les incessantes attaques du Hamas contre Israël doivent cesser pour que la violence cesse. Le Hamas doit mettre fin à ses activités terroristes s’il veut jouer un rôle dans l’avenir du peuple palestinien », Gordon Johndroe, porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche.
« Arrêt immédiat des tirs de roquettes sur Israël ainsi que des bombardements israéliens sur Gaza », communiqué de l’Elysée, France
“Un maximum de retenue au gouvernement israélien et un arrêt immédiat des tirs de roquettes sur Israël depuis Gaza. », Royaume-Uni
1“La position de la Russie est claire. Il faut un arrêt urgent des opérations militaires dans la bande de Gaza qui ont déjà fait de nombreuses victimes parmi les Palestiniens“, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe